On ne parle pas de funérailles tous les jours. Résultat : une bonne partie de ce que nous croyons savoir vient de ce que nous avons vu dans notre famille, entendu autour de nous ou même observé dans les films. Certaines idées sont vraies. D’autres l’étaient peut-être davantage autrefois. Et quelques-unes sont tout simplement des mythes qui continuent de circuler.

Faut-il obligatoirement choisir entre une exposition et une crémation? Les préarrangements sont-ils simplement de l’argent remis au salon funéraire des années à l’avance? Une cérémonie doit-elle nécessairement être religieuse? Et lorsqu’on choisit la crémation, est-ce qu’on renonce automatiquement aux funérailles traditionnelles?

Les pratiques funéraires ont énormément évolué et les possibilités sont aujourd’hui beaucoup plus variées que plusieurs personnes l’imaginent. Voici donc sept mythes encore bien présents lorsqu’on parle de funérailles au Québec.

Avant de commencer : il n’existe pas une seule bonne façon d’organiser des funérailles. Les possibilités dépendent des volontés de la personne, des choix de la famille, des services disponibles et de certaines règles applicables au Québec.

Mythe #1 — « Si on choisit la crémation, on ne peut pas exposer la personne avant. »

C’est probablement l’une des idées reçues les plus courantes.

On imagine souvent deux scénarios complètement opposés : d’un côté, les funérailles « traditionnelles » avec exposition et cercueil; de l’autre, la crémation suivie directement d’une cérémonie avec une urne.

En réalité, la crémation désigne principalement le mode de disposition du corps. Elle ne détermine pas automatiquement tout ce qui doit se passer avant.

Une famille peut donc choisir de vivre un moment de recueillement ou une exposition avant que la crémation ait lieu. Elle peut également décider de ne pas avoir d’exposition du tout, puis organiser une cérémonie avec l’urne. D’autres familles préfèrent une formule encore plus simple et intime.

Autrement dit, choisir la crémation ne signifie pas nécessairement renoncer à la possibilité de voir la personne une dernière fois.

La réalité

La crémation est un choix concernant la disposition du corps. L’exposition, le rassemblement et la cérémonie sont d’autres décisions qui peuvent être adaptées séparément selon les volontés et les besoins de la famille.


Mythe #2 — « Une cérémonie funéraire doit être religieuse. »

Pendant longtemps au Québec, religion et funérailles étaient étroitement liées. Pour plusieurs générations, le déroulement était presque automatique : exposition au salon, cérémonie religieuse à l’église, puis inhumation au cimetière.

Cette tradition existe toujours et demeure importante pour de nombreuses familles. Elle n’est toutefois plus la seule possibilité.

Une cérémonie peut aujourd’hui être religieuse, spirituelle, laïque ou simplement construite autour de la vie de la personne décédée.

On peut y entendre des témoignages de proches, de la musique, des lectures, regarder des photographies ou des vidéos et raconter certains moments importants de sa vie. Certaines familles souhaitent un déroulement très formel. D’autres préfèrent quelque chose qui ressemble davantage à un rassemblement.

Et il est tout à fait possible de conserver certains rituels traditionnels sans organiser une cérémonie entièrement religieuse.

Le choix dépend surtout des convictions de la personne décédée et de ce qui a du sens pour ses proches.

La réalité

Une cérémonie funéraire peut prendre plusieurs formes. La tradition religieuse demeure une option importante, mais elle n’est pas une obligation pour organiser un moment de recueillement significatif.


Mythe #3 — « L’argent des préarrangements reste simplement dans les coffres du salon funéraire. »

Celui-ci est particulièrement intéressant parce qu’il touche directement une inquiétude que plusieurs personnes peuvent avoir.

Imaginons qu’une personne paie aujourd’hui pour des services qui ne seront peut-être nécessaires que dans 10, 20 ou 30 ans. Une question vient naturellement : qu’arrive-t-il à cet argent pendant toutes ces années?

Au Québec, les sommes versées pour des arrangements funéraires préalables sont encadrées par la loi.

Pour les sommes payées relativement à des biens et services qui seront fournis dans le futur, le vendeur doit généralement déposer 90 % des sommes reçues dans un compte en fidéicommis auprès d’une institution financière.

Il ne s’agit donc pas simplement d’une somme déposée dans le compte courant de l’entreprise et utilisée librement pendant plusieurs décennies.

L’institution financière doit également transmettre un avis écrit confirmant le premier dépôt dans les délais prévus. Les sommes ainsi protégées peuvent notamment être récupérées si l’entreprise ferme ou fait faillite avant que les services soient rendus, selon les règles applicables.

La réalité : au Québec, 90 % des sommes versées pour les services futurs prévus dans un contrat de préarrangements doivent généralement être déposées dans un compte en fidéicommis. Cette protection est prévue par la loi.


Mythe #4 — « Faire ses préarrangements veut dire avoir absolument tout décidé. »

Lorsqu’on entend « préarrangements funéraires », on imagine parfois une rencontre où il faudrait décider immédiatement de chaque détail de ses futures funérailles : musique, fleurs, cérémonie, urne ou cercueil, textes, photographies et déroulement complet.

Cette perception peut suffire à repousser la démarche.

Pourtant, réfléchir à ses arrangements ne signifie pas nécessairement transformer ses funérailles en scénario minuté des années à l’avance.

Certaines personnes souhaitent effectivement prendre plusieurs décisions. Elles savent précisément ce qu’elles veulent et apprécient l’idée de laisser très peu de choix à faire à leur famille.

D’autres préfèrent déterminer seulement les grandes lignes : crémation ou inhumation, exposition ou non, type de cérémonie et quelques volontés particulièrement importantes.

Elles peuvent ensuite laisser leurs proches choisir les fleurs, les chansons, les photographies ou certains éléments de la cérémonie lorsqu’arrivera le moment.

L’objectif n’est pas nécessairement de contrôler chaque détail. Pour plusieurs, il s’agit plutôt de donner une direction et d’éviter que la famille ait à deviner les décisions les plus importantes.

La réalité

Il est possible d’être très précis dans ses volontés ou de laisser davantage de liberté à ses proches. Prévoir l’essentiel ne signifie pas nécessairement décider de chaque détail.


Mythe #5 — « Préarrangements funéraires et emplacement au cimetière, c’est la même chose. »

C’est faux, et la distinction est même inscrite dans l’encadrement québécois.

Les arrangements préalables de services funéraires et l’achat préalable d’une sépulture doivent faire l’objet de deux contrats distincts.

Le premier concerne les biens et services entourant les funérailles. Il peut notamment comprendre l’embaumement, l’exposition, le transport, le cercueil ou l’urne, la cérémonie, la crémation ou l’inhumation.

Le second concerne la sépulture elle-même : par exemple un emplacement dans un cimetière, une niche dans un columbarium ou un autre espace destiné à cette fin, ainsi que certains services d’entretien.

C’est une distinction importante parce qu’une personne peut avoir prévu ses services funéraires sans nécessairement avoir acheté un emplacement, ou avoir déjà une sépulture familiale sans avoir conclu de préarrangements pour les autres services.

La réalité

Au Québec, les arrangements préalables de services funéraires et l’achat préalable d’une sépulture sont juridiquement deux contrats distincts.


Mythe #6 — « Si le salon funéraire ferme, l’argent des préarrangements est automatiquement perdu. »

C’est probablement l’une des inquiétudes les plus compréhensibles lorsqu’on envisage de conclure un contrat plusieurs années à l’avance.

Personne ne peut savoir avec certitude quelles entreprises seront encore en activité dans plusieurs décennies. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles les sommes versées à l’avance sont encadrées.

Comme nous l’avons vu précédemment, une grande partie des sommes destinées à des services futurs doit être déposée en fidéicommis plutôt que simplement conservée par l’entreprise.

L’Office de la protection du consommateur précise que ces sommes sont protégées et peuvent être récupérées lorsqu’une fermeture de l’entreprise ou une faillite du vendeur survient avant que les services soient rendus.

Il existe également au Québec un Registre des contrats d’arrangements funéraires préalables. Mis en place en 2021, celui-ci facilite le repérage des contrats conclus par une personne de son vivant.

Lorsqu’un contrat funéraire est conclu après un décès, l’entreprise doit d’ailleurs consulter ce registre avant de conclure le nouveau contrat afin de vérifier si des arrangements préalables existent déjà.

La réalité : la fermeture éventuelle d’une entreprise ne signifie pas automatiquement que les sommes protégées disparaissent. Le système québécois prévoit notamment le dépôt de sommes en fidéicommis et un registre des contrats de préarrangements.


Mythe #7 — « Les funérailles doivent suivre une formule précise. »

C’est probablement le mythe qui résume le mieux tous les autres.

Beaucoup de personnes ont assisté à quelques funérailles au cours de leur vie et en viennent naturellement à penser que le déroulement doit toujours être semblable.

Exposition. Cérémonie. Cortège. Cimetière.

Cette formule demeure parfaitement valable et significative pour de nombreuses familles. Mais elle n’est pas la seule manière de souligner une vie.

Les funérailles peuvent aujourd’hui être beaucoup plus personnalisées. Une cérémonie peut être organisée autour de la musique qu’aimait la personne, de photographies, de témoignages ou d’objets qui racontent son parcours. Le rassemblement peut être très solennel ou, au contraire, rappeler davantage l’atmosphère que la personne aimait créer autour d’elle.

Certaines familles souhaitent une grande cérémonie. D’autres préfèrent quelque chose de très intime. Certaines tiennent à une exposition traditionnelle. D’autres souhaitent principalement un rassemblement après la crémation.

La personnalisation ne signifie pas nécessairement faire quelque chose d’extravagant. Elle peut être extrêmement subtile.

Une chanson. Une photographie. Une recette servie après la cérémonie. Un objet lié à une passion. Une anecdote racontée par un petit-enfant.

Ce sont parfois ces petits détails que les proches retiennent le plus longtemps.

La réalité : il existe des règles qui encadrent les activités funéraires, mais cela ne signifie pas que toutes les cérémonies doivent se ressembler. À l’intérieur des possibilités offertes, une famille peut créer un hommage qui correspond réellement à la personne.


Pourquoi autant de mythes entourent-ils encore les funérailles?

La réponse est finalement assez simple : la plupart d’entre nous organisent très peu de funérailles au cours de leur vie.

Nous connaissons donc principalement ce que nous avons déjà vu.

Si toutes les funérailles auxquelles une personne a assisté étaient religieuses, elle peut naturellement croire qu’une cérémonie funéraire doit l’être. Si elle n’a vu que des cérémonies avec une urne après une crémation, elle peut penser qu’une exposition préalable est impossible. Si ses parents avaient tout organisé de la même manière que leurs propres parents, elle peut croire que cette formule est obligatoire.

À cela s’ajoutent les films, les séries télévisées et les traditions provenant d’autres pays, qui ne représentent pas nécessairement les pratiques ou les règles québécoises.

Les pratiques funéraires évoluent également avec les générations. Les familles souhaitent aujourd’hui souvent participer davantage aux décisions et créer des cérémonies qui représentent la personnalité du défunt plutôt que de reproduire automatiquement un modèle.

Cela ne signifie pas que les traditions disparaissent. Au contraire, plusieurs continuent d’avoir énormément de valeur. Elles deviennent simplement des choix parmi plusieurs possibilités.


Quelques faits funéraires que plusieurs personnes ignorent

Au-delà des mythes, l’encadrement funéraire québécois contient plusieurs particularités que le grand public connaît peu.

Par exemple, il existe depuis janvier 2021 un registre québécois permettant de repérer les contrats d’arrangements funéraires préalables. Avant de conclure certains contrats, l’entreprise funéraire doit consulter ce registre afin de vérifier si des arrangements existent déjà.

Lorsqu’un contrat de préarrangements est conclu, une copie doit également être transmise à une personne choisie par l’acheteur, sauf si celui-ci indique expressément qu’il ne souhaite pas qu’une copie soit envoyée.

Autre fait intéressant : la Loi sur les activités funéraires ne concerne pas uniquement les salons funéraires. Elle encadre notamment la thanatopraxie, le transport des corps, l’inhumation, l’exhumation, l’exploitation des installations funéraires et la disposition des cendres humaines.

Même les cendres sont donc visées par un cadre légal. Le monde funéraire comporte beaucoup plus de règles, de protections et de procédures que ce que l’on aperçoit lorsqu’on assiste simplement à une cérémonie.


Foire aux questions

Peut-on avoir une exposition avant une crémation?

Oui. Le choix de la crémation n’exclut pas automatiquement la possibilité d’un moment de recueillement ou d’une exposition préalable. Les différentes étapes peuvent être adaptées selon les volontés et les services choisis.

Les funérailles doivent-elles obligatoirement avoir lieu dans une église?

Non. Une famille peut choisir une cérémonie religieuse, mais d’autres formes de cérémonies et de rassemblements sont possibles selon ses convictions et ses volontés.

Le salon funéraire garde-t-il tout l’argent des préarrangements?

Non. Au Québec, 90 % des sommes versées pour des biens et services futurs prévus dans des arrangements préalables doivent généralement être déposées dans un compte en fidéicommis selon les règles applicables.

Qu’arrive-t-il à mes préarrangements si le salon ferme?

La fermeture de l’entreprise ne signifie pas automatiquement que les sommes protégées sont perdues. Les sommes déposées en fidéicommis bénéficient de protections prévues par la loi et peuvent notamment être récupérées dans certaines situations de fermeture ou de faillite.

Est-ce qu’un emplacement au cimetière est automatiquement compris dans des préarrangements?

Non. Au Québec, les arrangements préalables de services funéraires et l’achat préalable d’une sépulture font l’objet de contrats distincts.

Existe-t-il un registre des préarrangements funéraires au Québec?

Oui. Le Registre des contrats d’arrangements funéraires préalables a été mis en place en janvier 2021 afin notamment de faciliter le repérage des contrats conclus du vivant d’une personne.

Peut-on personnaliser une cérémonie funéraire?

Oui. Dans le respect des règles applicables et des possibilités offertes, la cérémonie peut intégrer de la musique, des photographies, des témoignages, des objets significatifs et plusieurs autres éléments représentant la personne décédée.

Doit-on tout décider lorsqu’on fait ses préarrangements?

Une personne peut exprimer des volontés très précises ou choisir principalement les grandes orientations. Une discussion avec une entreprise funéraire permet de comprendre ce qui peut être prévu et ce qui peut demeurer à la discrétion des proches.


Les funérailles ont beaucoup plus évolué qu’on le pense

Plusieurs idées que nous associons automatiquement aux funérailles viennent simplement de ce que nous avons connu dans le passé.

Pourtant, les pratiques évoluent. Les cérémonies se personnalisent, les familles disposent de différentes possibilités et les consommateurs bénéficient également de protections qui sont souvent méconnues.

Comprendre ces réalités permet surtout de réfléchir autrement à ses propres volontés.

Peut-être souhaitez-vous quelque chose de très traditionnel. Peut-être préférez-vous une cérémonie beaucoup plus personnelle. Peut-être ne savez-vous tout simplement pas encore ce que vous voudriez.

Toutes ces réponses sont légitimes.

L’important est de savoir que plusieurs décisions que l’on croit imposées ne le sont pas nécessairement et que certaines choses que l’on tient pour acquises méritent parfois d’être vérifiées.

Parce qu’au fond, mieux comprendre le monde funéraire permet aussi de prendre des décisions plus éclairées lorsqu’un jour, pour soi-même ou pour un proche, ces questions deviennent concrètes.

Vous avez déjà entendu quelque chose sur les funérailles et vous vous demandez si c’est réellement vrai?

L’équipe de Charles E. Rajotte peut répondre à vos questions et vous expliquer simplement les différentes possibilités qui existent aujourd’hui. Que ce soit pour mieux comprendre les services funéraires, la crémation, l’exposition ou les préarrangements, une discussion permet souvent de départager rapidement les faits des idées reçues.


Sources et ressources consultées

Les renseignements présentés dans cet article sont de nature générale. Les règles applicables peuvent varier selon le type de contrat, les services choisis et la situation. Pour une information adaptée à votre situation, consultez les professionnels concernés.